
... il fait -61 degré à 8h15 avec le facteur vent au mont Washington.
Un temps idéal pour se construire un igloo ...


| Monter en Abitibi, offre la possibilité extraordinaire de lire pendant quelques heures. J'apporte toujours trois ou quatre livres à découvrir. Souvent des petits, une centaines de pages, comme je les aime. Et je viens de terminer un vrai petit bijou. Choses qu'on dit la nuit entre deux villes de Francis Dannemark. Une plume allumée, réfléchie, épurée. Cent pages exactement de purs délices et dès la première page on est séduit : "- Je me sens léger comme une virgule dans un sous-titre, tout en bas, sur le plus grand écran du monde. Si vous vous approchez un peu, à deux, on va faire un point-virgule. - C'est une proposition ? fit-elle en riant. - Non, une ponctuation." Un grand poème à la manière d'un petit roman. |
| 13 heures plus tard en comptant les arrêts. Vous arrivez à St-Lambert. Pas celui huppé de la rive-sud montréalaise. L'autre. Celui au bout du rang, bien caché dans son Abitibi. Celui pour lequel vous devez avoir une loupe pour le repérer sur une carte du Québec. Si, si. Prenez votre carte. Suivez, à partir de Montréal, la 15 vers le haut. Bientôt ce sera la 117, puis Mont-Laurier, le parc de la Vérendrye, Val d'Or. Suivez toujours la même 117 vers Rouyn. Continuez ensuite vers le nord. Vous trouverez La Sarre. Ca fait déjà un bout non. Eh bien, il vous reste environ deux secondes à parcourir à dos de loupe vers les nord-ouest pour trouver ce petit village (qui, au dernier décompe était peuplé d'environ 216 âmes et dont le bottin téléphonique tient désormais sur une seul page 8½ par 11 dactylographiée). Avant d'y arriver, vous croiserez Dupuy et si vous regardez bien vous passerez rapidement sur St-Lambert-de-Desmeloizes. Si vous êtes rendus à Normétal, vous êtes trop loin. Redescendez, passez go et réclamez deux épinettes. C'est ici que depuis quelques années, je passe mon jour de l'an. Tradition oblige. Il y a toujours quelques choses d'exotique à reprendre cette route et croiser des villages aux noms aussi farfelus que sympatiques : Rapide-Sept, Palmarolle, Taschereau, Dubuisson, La Reine, Colombourg. C'est plein de noms de la sorte. On s'attend toujours à découvrir quelques choses de nouveau ou tout simplement à laisser remonter les souvenirs. J'attendais encore avec impatience la pancarte juste avant Val d'Or annoncant la radio CHUT FM ou ma belle-mère (c'est elle qui vient de ce coin de pays) qui se rappelait qu'elle ne pouvait dormir jadis dans l'auto ou l'autobus avant d'avoir passé la rivière des Outaouais dans le parc ou qui se réveillait juste à temps pour la voir si par malheur elle dormait. Et on espère toujours retrouver le vrai frette, un -25, -30, solide sans humidité avec la neige qui fait scouik sous les pas et non pas splouche. Ca c'est l'Abitibi ... avec les bottes de poils aussi ... bien au chaud. Et au bout du chemin, toujours, la belle famille que l'on rejoint. 15 dans une petite maison de 6 pièces. Une gang qui jase au salon, l'autre qui joue au toc, aux cartes dans la cuisine et les plus petits enfants qui rigolent, qui passent d'une pièce à l'autre et qui pensent à leurs prochains mauvais coups. Ne restera plus qu'à reprendre la route tranquillement et inversement le 1er janvier pour retrouver nos vieux "runnings". |
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