dimanche 4 février 2007

Évidemment, malheureusement et heureusement

C'était une fin d'après-midi ensoleillée de la fin du mois de juin. Le projet venait d'être annoncé. Il y aurait l'an prochain dans notre charmante école, une version du Match des Étoiles de Radio-Canada. Le bras bien haut levé, je disais alors que j'étais grandement interessé par cette expérience.

Septembre. Une feuille 8 et demi par 11 est accrochée au babillard. L'invitation pour les futurs danseurs est lancée officiellement. J'y ai inscrit mon nom. Les profs de danse de l'école m'assignèrent alors à un groupe en me divulguant aussi la chanson sur laquelle j'allais me trémousser : Kiss de Prince.

Pour toutes de sortes de raisons, je dus attendre le 8 janvier pour avoir mon premier véritable cours.

Évidemment, ce ne fut pas chose facile.

Évidemment qu'assimiler des mouvements que mon corps n'avait pas encore eu idée de faire fut quelque chose.

Heureusement, j'avais le meilleur groupe pour m'accompagner dans cette galère.

Heureusement, elles avaient toutes l'énergie, le talent et la passion pour m'obliger à me surpasser.

Malheureusement il fallait faire vite. Le spectacle, le match, avait lieu le 1er février. Pas le temps de prendre et d'apprendre la chorégraphie à la légère. Dans l'auto, dans la douche, devant le petit écran, chez Benny, tous les endroits étaient bons pour mémoriser les mouvements.

Heureusement, les répétitions se multiplient à un rythme d'enfer et nous finissons par aboutir à la fin.

Arrive le jour du spectacle.

Cela faisait déjà trop longtemps il me semble, que je ne m'étais pas retrouvé sur une scène comme celle-là.

Eut lieu la générale. Pas si mal dans les faits. La nervosité s'accroissait. La salive manquait, les jambes qui partaient dans un sens puis dans l'autre sans que je ne puisse avoir de véritable contrôle sur elles et la mémoire qui semblait vouloir défaillir.

L'ambiance était à la fête. Les autres étoiles (mes autres collègues courageux) et moi étions tous rassemblés dans les loges de la salle de spectacle. Tous là pour vivre ce moment unique. Tous là pour s'encourager, pour se tâter l'émotion. Relaxation, rires gras, jokes plates, sommeil interrompu, café, poulet, poutine. Les ingrédients pour digérer le trac.

L'heure sonne. Les projecteurs s'allument. Les micros résonnent. Les 850 spectateurs hurlent.

Et le temps passe.

Évidemment, mon tour vient.

Malheureusement, il ne se passe pas comme il se doit. Quelques pas trop rapides. Désynchronisé pour une partie des deux minutes que durent le numéro. Je garde le personnage tentant d'aller malgré tout grapiller quelques points. Mais la déception s'est déjà installée. Ma tête est ailleurs. Les résultats des 4 premiers juges : 33 sur 40. Un neuf et trois huit. C'était déjà moins pire que ce que j'avais anticipé. Malgré cela, je savais que mon inexpérience de danseur, les quelques mouvements exécutés trop rapidement allait coûter cher.

Heureusement, les cris de joies dans la loge de mes collègues en attente de leur tour, apaisent, réconfortent, consolent. Une question cependant : comment vont mes élèves ? Si j'ai un peu la mine basse, l'ont-elle aussi ?

Évidemment, une fois la poussière retombée, les images reviennent et je me dis que ce n'est peut-être pas si pire.

Malheureusement, venait l'heure du résultat final. Le pire était annoncé. Dos au public, face à ma gang de filles, qui elles aussi constatent, la déception est immense. On vient d'ouvrir une trappe sous mes pieds. J'ai tout juste le temps de me mettre les pieds de chaque côté de cette dernière pour ne pas tomber. Se décevoir soi-même c'est déjà pas mal. Mais voir la mine déconfite de 26 jeunes demoiselles qui s'étaient donné corps et âme avec pour objectif de gagner, c'est pire que tout. L'effort pour rendre unique chorégraphie en est un de groupe mais le résultat final ne repose que sur la perfomance d'un seul individu. C'est un peu comme un gardien de but en fusillade d'une finale. S'il commet une erreur. C'est toute l'équipe qui perd.

Fallait ensuite refaire face au public et tenter de ne pas montrer sa déception. Fallait aussi se réjouir du bonheur des autres. Parce que malgré tout, on est content pour eux. Il faut alors revenir à l'essence de ce spectacle. C'est une fête. L'apologie d'une équipe-école. Un grand partage entre éducateurs et élèves.

Évidemment, le temps pose un baume sur les quelques écorchures.

Heureusement, on se rappelle tous les bons moments des pratiques de la chorégraphie. Mes faux pas, mes déséquilibres, mes danses impromptues et ma langue toujours sortie en signe de concentration.

Heureusement, il y avait toujours le sourire des élèves, leur énergie, leur chialage, leur bavardage, le plaisir de les retrouver, de faire partie de la même équipe.

Heureusement, il y avait aussi l'incroyable plaisir retrouvé de retrouver la scène et toute la frénésie qui l'entoure.

Évidemment, en raison de la déception, je pourrais dire que je ne m'y referai plus prendre.

Malheuseurement et heureusement, j'ai la nette impression que ma carrière de danseur n'est pas finie. Que je reviendrai danser pour achever ce que j'ai commencé. Peut-être pas pour gagner (quoique) mais pour garder un souvenir heureux et que mes élèves et moi-même puissions dire : mission accomplie. Le travail n'est pas fini.

Il ne faudrait pas en terminant, que j'oublie de remercier mon prof de danse. Sans elle, aucun de mes mouvements n'auraient été possibles. Elle a fait preuve de beaucoup de patience dans mon apprentissage et ses encouragements nourris ont grandement facilité ma dévotion ! :)


2 commentaires:

Anonyme a dit...

Eh ben, danser sur Kiss, c'est quand même pas facile... Je suis certaine que tes petites chorégraphes vont en conserver un bon souvenir avec le temps!

Marc Antubiotique a dit...

Et elles s'en sont remises.

Elles ont fait preuve d'une grande maturité pour des élèves de 2e secondaire. Elles étaient fières d'elles et avaient le sentiment d'avoir bien danser. C'est ce qui compte en bout de ligne.